"Bernard Garo souligne dans ses grandes compositions de son ultime série urbaine, la complexité des structures architecturales et leur imposante succession de colonnades, d’arcs et de coupoles, le tout baigné d’une lumière dorée, au creux de laquelle on devine les mosaïques byzantines. Sa volonté d’évincer le décor pour n’en laisser apparaître que courbes et surfaces n’a pu se résoudre à éliminer complètement la richesse débordante de ces lieux qui s’invite dans ses peintures comme résurgence d’un passé pour peu à peu se dissoudre à nouveau. On ressent la fascination de l’artiste pour cet effacement programmé de la florissante richesse de l’Orient dont ne subsistent déjà plus des traces. Sa vision fragmentée de ce monde, cristallisé dans sa beauté antique, rappelle la fin programmée de cette ville par sa position délicate dans une zone sismiquement instable. La faille souterraine qui risque de provoquer la démolition d’Istanbul se manifeste métaphoriquement dans les oeuvres de Bernard Garo par ces façades à vif laissant entrevoir les blessures d’architectures arrachées, dans la juxtaposition entre ancien et moderne ou encore sur ces murs de briques où l’on devine les fissures qui se creusent au fil du temps. Le visiteur est alors transporté dans un univers théâtral et désert qui a transcendé les images photographiques dont il est issu pour n’en restituer que l’apparence, le faste évanescent, mais surtout la lumière nostalgique d’un monde qui se délite dans un dernier soubresaut de magnificence."   Nicole Kunz

Oxymores - ISTANBUL